LES DIMENSIONS INTERNES ET EXTERNES DU MANAGEMENT



TOUT D'ABORD UNE VUE SUR LES ARTS MARTIAUX :


Avant de parler de management, nous allons effectuer un petit et rapide détour par le monde des arts martiaux pour illustrer mon propos. Certains le divisent en deux grandes familles appelées interne et externe.


LE CHI :


La famille interne privilégierait le travail sur l’énergie interne.

Les chinois l’appellent le Chi. Il circule à l’intérieur du corps et permet à la fois de cultiver une bonne santé et de développer une forme de force utilisable dans l’application martiale.

La famille externe, elle, serait plutôt orientée sur le travail de la puissance musculaire.

Nous sommes donc à la périphérie du corps que l’on va qualifier d’externe.


LE TAI CHI CHUAN:


Pour vous faire une idée de ce que cela peut donner, vous avez pour la famille interne, le Tai Chi Chuan pratiqué de manière souple, fluide, lente dans les parcs et jardins. Et pour la famille externe les moines de Shaolin, des athlètes accomplis, bondissant, rapides et vifs.

Et cela donne quelques fois de belles querelles entre pratiquants autour de ce qui est le plus efficace, développer l’énergie interne (le chi) ou développer l’énergie externe (musculaire).


Mon expérience m’a amené à voir les choses sous un œil différent. Pour moi la dimension externe porte sur l’action menée vers son opposant. Il s’agit de produire un mouvement qui permettra d’obtenir le résultat souhaité, contrôler une attaque, faire une clé, frapper, projeter…



UNE ACTION EFFICACE dans quelles conditions ?


Pour produire cette action efficace, il est essentiel de prendre le temps de travailler sur soi, la dimension interne. Comprendre comment fonctionne son corps, comment mettre correctement en mouvement ses chaines musculaires et articulaires, comment trouver de l‘équilibre sur ses appuis, de la fluidité dans ses mouvements.

Et puis travailler la concentration, l’attention, dépasser ses peurs, gérer ses émotions.

Les deux dimensions sont interdépendantes pour arriver à la maîtrise de l’art.

Elles devraient être travaillées de front. Prises séparément elles vont donner des philosophies d’apprentissages différentes. En simplifiant les choses, l’externe nous portera tout de suite vers l’action puissante sur l’autre puis viendra peut-être le temps de l’affinage de la pratique.

Alors que l’interne à l’image du Tai Chi Chuan va mettre une priorité sur la connexion à soi, à son corps, à ses sensations, au calme intérieur puis viendra peut être le temps de la recherche d’efficacité réelle de l’action.


LE MANAGEMENT :


Et c’est là qu’arrive le management. Le manager quelque soit son niveau dans la hiérarchie va devoir mettre en œuvre des comportements orientés vers ses collaborateurs. Il va animer des réunions, conduire des entretiens individuels pour expliquer, former, fixer des objectifs, prendre des décisions, co-construire, co-créer…. L’objectif étant d’amener l’autre, (le ou les collaborateurs) à s’engager dans l’action. Il doit faire et faire faire.

Et bien sur il va devoir pour cela développer des compétences particulières en se formant aux techniques de fixation d’objectifs, d’animation de réunion, de créativité, de co-développement, de négociation, de gestion des conflits, de coaching…



COMMENT FAIRE FACE A UNE SITUATION DIFFICILE ?


Mais comment conduire un temps de médiation entre deux collaborateurs en conflit si l’on est dans le doute sur ses capacités à faire face aux émotions qui pourraient survenir, les siennes comme celle des autres ?

Comment accueillir la colère de son équipe suite à l’annonce par la direction d’un grand bouleversement sans la prendre pour soi, se sentir remis en cause ou encore être emporté par le découragement ou la colère ?

Comment garder un esprit calme et lucide quand la pression monte et que les enjeux deviennent oppressant ?

Je pourrais faire une longue liste de situations dans lesquelles les compétences comportementales ne peuvent se déployer efficacement sans une parfaite maîtrise émotionnelle et cognitive.


DIMENSION INTERNE DU MANAGEMENT :


Et c’est là que nous rentrons dans la dimension interne du management, pour comprendre ce qui peut se passer en nous, nos croyances, notre sens de la vie, nos qualités humaines d’écoute, de bienveillance, notre estime de soi et notre affirmation de soi, notre courage, nos schémas de pensées, notre modèle du monde.

Il sera fort utile pour progresser dans ses missions managériales de comprendre comment tout cela impacte ou influe sur ses capacités à mettre en œuvre ces fameuses techniques d’animation, d’entretien…


En passant n’oublions pas la capacité du manager à vivre dans un environnement volatile, incertain, complexe et ambigu et donc à gérer la pression et le stress.

Nous allons retrouver ces deux dimensions dans l’Intelligence Emotionnelle telle que Daniel Goleman l’envisage. La dimension interne nous invite à monter en conscience de soi pour aller ensuite vers la maîtrise de soi. Il est difficile de maîtriser ce que l’on ne connaît pas. Puis nous pouvons nous intéresser à nos sources de motivation, nos besoins, ce qui nous met en énergie. Et puis nous allons nous tourner vers les autres pour mieux les comprendre avec l’empathie. Nous sommes là à la frontière de l’externe. En la franchissant nous allons développer nos compétences sociales afin de construire des relations positives et constructives. Les compétences sociales arrivent en dernier parce qu’elles s’appuient sur les autres points de développement.


MON EXPÉRIENCE :


Dans mon expérience de coach et de formateur, j’ai animé de nombreuses formations en management centrées sur la dimension externe. J’ai eu également le plaisir d’animer des formations en Leadership portant une dominante interne forte. Ces dernières étaient la plus part du temps destinées à des managers expérimentés pour leur permettre d’aller plus loin dans leur efficacité managériale. Rarement à de jeunes managers alors que le besoin serait bien là.


Dans le contexte actuel soulevant les questions de la santé mentale au travail et de la perte de sens, il me semblerait pertinent d’insister sur la dimension interne du management afin de doter les managers d’un haut niveau de sécurité intérieure et de confiance, d’une solide énergie leur permettant de faire face de manière fluide et ajustée aux situations souvent complexes et difficiles qu’ils vivent.

Pour leur propre bien, pour le bien de leurs collaborateurs et de l’entreprise qui les emploie.



Patrick BORNE / DZENTAO-ACADEMY

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